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·         Claude Georges Picard apporte dans son livre le témoignage d'un soldat "appelé", envoyé en 1961 , en Kabylie. Photo N.C.-B. 

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13/05/2014 19:15:39
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Bonjour,

un commentaire vient d'être posté par PICARD Claude Georges sur l'article Un témoignage exceptionnel sur la guerre d’Algérie : Claude, Georges, PICARD, « Un piton séparé du reste du monde », préface de Jean-Charles Jauffret, sur votre blog BLOG PERSONNEL DE MICHEL DANDELOT *** REGION BOURGOGNE

Extrait du commentaire:

Merci à Michel Dandelot.


Amicalement

 

http://etudesgeostrategiques.com/2014/02/10/un-temoignage-exceptionnel-sur-la-guerre-dalgerie/

              Si les soldats appelés en Algérie sont souvent restés silencieux, des témoignages ont paru peu à peu. Et, comme pour les poilus de 1914-1918, leur examen montre que l’épreuve commune prit des aspects fort divers selon les cas individuels. Sur un rayon qui s’enrichit, le journal de Claude Georges Picard fournit son apport propre et mérite l’attention de l’historien, comme le souligne Jean-Charles Jauffret dans sa préface.

            Quand il est incorporé, l’auteur, fils de médecin, vient de quitter l’Université, où son cursus n’était pas éclatant. S’il possède un esprit critique aiguisé, il s’est soumis à l’appel des armes qui lui était imposé : « J’ai choisi par lâcheté d’être otage ». Il observe les autres d’un œil méfiant et il s’observe lui-même sans complaisance. Il scrute volontiers la complexité de ses sentiments, avec une abondance de références littéraires, à Camus bien sûr, et aussi à Rimbaud, à Céline et à Saint-Exupéry. Il a refusé d’être officier, mais il s’est vu nommer caporal, ce qui le distingue déjà parmi ses camarades, ses « codétenus », dit-il. On retrouve chez lui le double décalage de la culture et du grade, qu’a finalement analysé Nicolas Mariot pour les intellectuels mobilisés de la Grande Guerre, dans son dernier opus, Tous unis dans la tranchée ? A fortiori, la communication est à peu près nulle avec les quelques appelés FNSA (Français de souche nord-africaine) de sa section, comme avec les supplétifs harkis qui s’y sont joints.

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          Un livre en trois parties "les faits, mon oeil critique mais pas revendicatif et mon retour en 1975."repros N.c.-B.

               Il est affecté sur un piton de la montagne kabyle, à près de 1 200 mètres d’altitude. Son poste de chasseurs alpins doit surveiller une forêt dense, où se cachent les maquisards de l’ALN, et le village limitrophe, qui est classé officiellement comme « non rallié ». Par l’opération  Jumelles du plan Challe, « la rébellion » vient d’y subir des pertes sérieuses, mais elle n’a pas été annihilée complètement et elle bénéficie de la complicité de la population. Donc, « la zone n’est pas sûre » et « les accrochages » à coups de feu sont fréquents quoique brefs.

              Claude, Georges, Picard doit d’abord se comporter en combattant. Armé d’un fusil mitrailleur, il participe à des embuscades nocturnes, aussi longues que vaines. Il assiste, révolté silencieusement, à des interrogatoires brutaux, marqués de recours à la torture, et à une exécution sommaire, maquillée pour la forme. Cependant, sa générosité le pousse en même temps à ouvrir une école pour les enfants du village. Les femmes et les vieillards lui font bon accueil et son chef de poste le laisse faire, « en pensant pouvoir en tirer profit ». Cet adjudant-chef, Roumain passé par la Légion étrangère, baroudeur professionnel, ne manque pas de finesse. L’auteur ouvre aussi un dispensaire, avec des médicaments collectés en métropole, et il écrit les réponses aux lettres qu’envoient les villageois travailleurs en métropole. Cette action lui vaut les compliments du colonel, du préfet et même du général en chef, qui passent en inspection. Lui-même souffre de cette « vie de schizophrène écartelée entre le poste et le village » (p. 116). Et il y revient souvent : « même si je joue malgré moi plusieurs rôles contradictoires au 11/39, je les joue et je l’accepte » (p. 89) ; « entre le soldat de nuit qui n’hésiterait pas à tirer et le gentil Français qui soigne, apprend à lire et à compter je m’y perds » (p. 93).

            Une donnée capitale est, que dans ce secteur homogène, il n’y a aucune population de souche européenne. De ce milieu différent, l’auteur ne rencontre, lors de brefs déplacement, qu’un maire d’esprit plutôt ouvert, et une serveuse aux réactions haineuses. Ici l’affrontement colonial de deux camps est exceptionnellement simple. On n’y perçoit nullement le problème considérable que pose la présence en Algérie d’une communauté européenne, nombreuse dans la plaine côtière et implantée depuis plusieurs générations. La métropole s’est sentie solidaire de compatriotes qui avaient naguère versé leur sang pour sa libération et c’est pourquoi le cruel conflit algérien se prolongea si longtemps. Mais sur un « piton séparé du reste du monde, on peut faire abstraction de cette composante capitale de la tragédie algérienne.

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           Le soldat Claude Picard était respecté dans le village entièrement acquis à la rébellion, où il a créé une école et un dispensaire.

 

                  Dans le temps, ce séjour s’écoule de janvier 1961 à février 1962. Après six années de guerre, les occupants du poste partagent la lassitude générale de l’opinion : « Continuerons-nous longtemps à combattre, à souffrir, à mourir pour une cause inexistante ? » (p. 129). Sans pour autant approuver l’action du réseau Jeanson, que « j’essaie en vain de comprendre » (p. 148). Sur leur poste transistor, les occupants du piton suivent en spectateurs lointains les premières négociations avec le FLN, le putsch des généraux, l’intervention du général de Gaulle. Localement, le climat politique se détériore et le nouveau chef de poste, un jeune sergent engagé, au tempérament répressif, manifeste de la malveillance envers Picard. Celui-ci aspire à « la quille » (la fin du service), qui intervient avant les semaines sanglantes du printemps 1962. En partant, il s’interroge : « Qu’ai-je fait ? Un peu la guerre, beaucoup la paix, ou l’inverse » (p. 202).

            En 1975, l’auteur aura la curiosité de revenir en visite au village de ces années difficiles. Il y sera chaleureusement reçu par ses anciens élèves, par leurs familles et même par quelques-uns des hommes qui l’ont combattu. Certains sont au travail dans la région parisienne et « aujourd’hui ces anciens fellagha sont venus de France en vacances dans leur village ». Il s’en sentira réconforté.

                                                    Pierre Barral

un-piton-separe-du-reste-du-monde-claude-picard

http://leprovincial.com/?p=13039

Un Piton séparé du reste du monde, paru aux Editions du Net est sans nul doute l’un des rares livres sincères écrit par un soldat français sur la guerre d’Algérie. Il vaut son pesant de vérités.

Un Piton séparé du monde est le journal que Claude Georges Picard, a écrit sur ses années passées au sein d’une section de chasseurs alpins dans un petit village de Kabylie. C’est un témoignage extrêmement important et riche en informations sur la guerre d’indépendance. Le style de l’auteur est dépouillé, simple, direct et sans fioriture. Claude Georges Picard écrit à chaud, sans changement, hormis quelques mises en perspective pour la compréhension du texte et par ailleurs faciles à identifier.

Ce journal commence à son départ de France jusqu’à son départ. L’auteur tient vaille que vaille jusqu’à son départ la plume. Il y consigne clandestinement tout ce qu’il voit et vit et fait envoyer les feuillets en secret à son père. Et refuse donc de devenir un jour ces centaines de milliers d’anciens soldats taiseux après avoir vu l’innommable. Claude Georges Picard préfère écrire pour tenir.

L’homme est traversé de doutes sur sa place dans cette guerre. Même s’il refuse d’être un insoumis Claude Georges Picard ne se faisait pas d’illusion sur la guerre d’Algérie. « Je voudrais seulement ne pas manquer à l’honneur. Si je reviens un jour à mon pays, ne jamais être taraudé par un remord indélébile», écrit-il le 11 janvier 1961. Il arrive le 14 janvier à El Kseur et rejoindra sa section basé à Imaghdacène, un petit village dans la forêt de Yakourène. De là, il témoigne sur les méthodes abjectes de sa section, les tortures, les souffrances de la population, mais aussi sur les trois classes qu’il a mis en place ainsi que le petit dispensaire pour les habitants d’Imaghdacène, un village qui a pourtant refusé la soumission à l’armée française. « Habituellement, le maître d’école s’avance vers ses élèves avec un cartable bourré de livre. Moi je vais vers eux des grenades dans les poches de mon treillis et un pistolet mitrailleur en bandoulière. Je ne voulais pas prendre d’arme. L’adjudant-chef a refusé », écrit-il le 26 février après qu’il fut accueilli avec des cris de joie par les élèves, les femmes et les vieillards. Les hommes valides sont soit au maquis ou dans l’émigration.

« Il fait très froid. L’école n’est pas chauffée. La neige recouvre les toits du village et obstrue les ruelles. Aucun élève ne manque à l’appel », souligne le 14 mars 1961. C’est dire la soif d’apprendre de ces bambins.

Pour Claude Georges Picard, le camp est une prison, ses compagnons des détenus. Il est sans concession avec les soldats. Parlant d’eux, il écrit le 17 mai : « Je suis dégoûté de cette humanité, je suis entouré d’une bande d’ivrogne … Il est 23h45, l’étable à cloportes a pris des allures de caveau. Nous sommes rangés dans nos lits comme des morts dans leur tombe. Mais les morts n’écrivent pas, mais les morts ne se haïssent pas ». Tout l’ouvrage est de la même eau: limpide et direct comme un upercut d’un champion, sans demi-mesure. Un Piton séparé du reste du monde sera à l’histoire dans cette région, ce qu’était La question de Henri Alleg à la torture pendant la guerre d’indépendance : un témoignage de première main. A ce titre, le refus de publication opposé en 1962 à ce journal par le jury Grand prix vérité du Parisien libéré renseigne par ailleurs sur la censure qui prévalait en France sur tout ouvrage qui ne rentrait pas les cases glorificatrices de la colonisation.

Le livre est précieux, son auteur est sans doute l’un des rares soldats, pour ne pas dire le seul, à avoir écrit un document pareil sur ses années de guerre en Algérie. Sincère, clair, précis et sans pathos, le soldat déroule son quotidien dans ce poste avancé au fin fond de la Kabylie et nous offre à lire aussi une page de notre histoire, non sans nuances. Un Piton séparé du reste du monde bat en brèche la vulgate militaire française et les fameux journaux de marche qui retracent d’un style policé et revisité la guerre d’indépendance. Il révèle de l’intérieur cette violence brutale qui animait nombre de soldats de l’armée française.

Un Piton séparé du reste du monde est franchement un journal à lire et faire lire.

Hamid Arab

 

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